2025 : la dérive invisible des délais internes — le vrai risque que personne n’anticipe sur les chantiers

En 2025, les retards de chantier ne viennent plus uniquement des aléas classiques : intempéries, sous-traitants, planning mal tenu ou matériaux livrés en retard.

 

Le vrai problème — celui que beaucoup sous-estiment — se situe en amont : la dérive interne.

Les entreprises du BTP, sous pression, allongent leurs propres délais internes sans jamais les annoncer clairement.

Et ce décalage silencieux, quasi invisible, explose les plannings avant même que le terrain ne commence à produire.

 1. Le phénomène : les délais internes glissent, lentement mais sûrement

Quand un projet démarre, tout le monde parle planning d’exécution.

Mais très peu parlent du planning interne réel des entreprises :

  • délais BE qui s’allongent
  • commandes fournisseurs passées trop tard
  • validations internes qui prennent des semaines
  • manque d’encadrement pour suivre plusieurs dossiers
  • absence de ressources pour lancer la préfabrication
  • retards dans les réponses aux visas
  • délais de préparation non compatibles avec les dates OS

Pourtant, ce sont ces micro-glissements invisibles qui créent les macro-retards visibles.


Pourquoi ces dérives explosent en 2025 ?

  • surcharge de dossiers (même en contexte de marché difficile)
  • équipes expérimentées déjà prises sur d’autres opérations
  • juniors livrés à eux-mêmes
  • rotation accélérée des encadrants
  • sous-traitance en cascade plus complexe à coordonner

La conséquence est simple :

le chantier accuse 2 à 6 semaines de retard avant même que les compagnons ne posent un pied sur site.

2. Comment cette dérive interne parasite les projets

A. Bureau d’études saturé

Les plans d’exécution n’arrivent jamais vraiment “à temps”.

Ou arrivent incomplets.

Ou doivent être repris.

Résultat :

  • les visas prennent du retard
  • les études ne correspondent pas aux réalités du terrain
  • les interfaces avec les autres lots deviennent chaotiques

B. Commandes fournisseurs décalées

Quand les commandes ne partent pas dans les temps, tout glisse :

  • gaines, groupes, appareillages, pompes, armoires, matériels SSI…
  • aléas sur les délais fabricants déjà tendus
  • nécessité de reprogrammer les interventions

C. Encadrement insuffisant

Le chef de chantier ou conducteur est déjà sur 2 ou 3 opérations.

Donc la préparation est :

  • bâclée
  • retardée
  • non vérifiée

Ce qui entraîne :

  • réservations non faites
  • erreurs de métrés
  • approvisionnement sans anticipation
  • absence d’OS en cascade

D. Sous-traitants en flux tendu

Même problème : ils arrivent tardivement dans la boucle.

Ils découvrent le chantier trop tard.

Et ils s’engagent sur des délais intenables.

3. Les signaux faibles : comment détecter une dérive interne dès les premières semaines

Les entreprises ne disent jamais clairement :

« On n’est pas prêts. »

C’est toujours une formule floue :

  • “On finalise les plans.”
  • “On attend une validation fournisseur.”
  • “On est en train d’optimiser.”
  • “Le BE doit reprendre deux points.”
  • “La commande part demain.”

Mais les signaux réels sont beaucoup plus précis :

  • les plannings d’exécution ne sont jamais fournis à l’heure
  • les réponses aux visas sont lentes
  • les CR de réunion ne reçoivent pas de commentaires (car rien n’a été fait)
  • les demandes d’informations ne sont pas traitées
  • le conducteur n’est pas disponible pour la préparation
  • les dates de livraison restent floues
  • les engagements datés ne sont pas tenus

Quand ces signaux s’alignent :

👉 la dérive est déjà en cours.

4. Comment un décideur BTP peut reprendre le contrôle

Le rôle du MOEX, AMO, OPC ou chef de projet est crucial :

mettre la lumière là où les entreprises préfèrent le flou.

Actions clés :

  • exiger un planning interne détaillé, pas un planning “chantier”
  • contrôler les dates de commandes fournisseurs
  • demander les extraits d’avancement BE
  • vérifier la concordance entre dates d’exécution et dates de livraison
  • intégrer un point “préparation interne” à chaque réunion
  • imposer des jalons intermédiaires non négociables
  • activer la pression documentaire (courriers, CR, relances datées)

Le but n’est pas de “fliquer”.
Le but est de révéler la réalité opérationnelle.

Une entreprise qui ne dit pas où elle en est… perd le chantier pour vous.

5. Le risque si rien n’est fait : un chantier perdu avant d’avoir commencé

La dérive interne tue les projets par étapes :

  • planning en retard
  • qualité dégradée
  • équipes dépassées
  • tension MOEX/MOE/entreprise
  • livraisons tardives
  • essais bâclés
  • OPR catastrophiques
  • GPA explosive

Et la réalité est simple :

une dérive interne non contrôlée coûte plus cher que 10 intempéries.

Conclusion

2025 sera une année où les décideurs devront regarder non pas ce que les entreprises montrent, mais ce qu’elles ne montrent pas.

La réussite d’un projet dépendra de la capacité à révéler, cadrer et stabiliser les délais internes dès les premières semaines.

Ce n’est pas de la méfiance.
C’est du professionnalisme.